Il y avait cette odeur de poussière de papier, celle qui d'ordinaire m'apaise, et le bourdonnement électrique des néons qui, ce mardi-là, semblait me percer le crâne. J'avais trente et un ans, j'étais au milieu des rayonnages de la bibliothèque municipale de La Rochelle, et je sentais cette chaleur familière monter dans ma gorge. Le picotement derrière les yeux ne trompait pas : la digue allait céder, là, juste derrière le chariot de retour.
Avant de vous raconter comment j'ai cessé de voir mes larmes comme une faute professionnelle, je préfère vous le dire simplement : si vous rejoignez un programme en passant par un lien de ce journal, je touche une commission et votre prix ne bouge pas. Je ne raconte ici que ce qui a réellement traversé mon parcours, comme cette méthode qui m'a aidée à ne plus me sentir comme une erreur de la nature.
L'après-midi où le système de Dewey a vacillé
Tout a commencé à la mi-novembre. Mon contrat de 24 heures par semaine me permet normalement de garder un équilibre, mais ce jour-là, la fatigue accumulée avait rendu mes capteurs trop fins. Un collègue, sans une once de méchanceté, m'a fait une remarque sur le rangement des livres. Il m'a juste dit que j'avais interverti deux catégories dans la classification décimale de Dewey, qui organise nos connaissances en dix grandes classes. C'était un détail. Rien.
Pourtant, dans ma tête, c'était le chaos. Je me répétais en boucle : "Respire, ce n'est qu'un livre mal rangé, personne ne te veut du mal". Mais mon corps hurlait le contraire. J'ai essayé la technique de me pincer fort le bras pour détourner l'attention de mon cerveau. J'ai fini avec un bleu violacé que j'ai dû cacher pendant une semaine, et les larmes ont fini par doubler de volume dix minutes plus tard. Je me suis enfuie vers les toilettes, m'enfermant à double tour, le front contre le carrelage froid.

La honte de porter un masque trop lourd
Début janvier, la culpabilité était devenue ma compagne de bureau. J'avais honte de pleurer pour un rien, honte de cette "fragilité" que je pensais devoir gommer pour être une adulte fonctionnelle. J'ai passé des années à essayer de me durcir, à porter ce masque de force qui ne me ressemblait pas, à m'épuiser dans des environnements saturés comme je l'expliquais dans mon récit sur la gestion de l'hypersensibilité au supermarché.
Ce que je ne comprenais pas encore, c'est que mes larmes n'étaient pas de la tristesse. C'était une saturation sensorielle et émotionnelle. Pour une personne hypersensible, pleurer est souvent une soupape de sécurité. C'est le système nerveux qui évacue un trop-plein d'informations, de sons, de lumières et d'humeurs captées chez les autres. À la bibliothèque, je ne pleurais pas parce que j'étais triste, mais parce que mon réservoir était plein à ras bord.
Le déclic : naviguer au lieu de couler
Un mardi après-midi pluvieux en mars, alors que la pluie de l'Atlantique fouettait les vitres de la salle de lecture, j'ai ouvert un carnet. J'ai commencé à noter ce qui se passait juste avant la crise. Ce n'était jamais l'événement déclencheur qui comptait, mais l'accumulation. J'ai compris que je n'avais pas besoin de "guérir" (je ne suis pas malade, et je n'ai aucune formation médicale pour affirmer quoi que ce soit de thérapeutique), mais d'apprendre à naviguer.
C'est à cette période que j'ai découvert le programme Fais de ton hypersensibilité une force. Ce n'était pas une baguette magique, mais une approche très concrète pour le quotidien et le travail. Ça m'a aidée à mettre des mots sur ce traitement sensoriel particulier. J'ai réalisé que pour certains, comme les infirmiers en service d'urgence, s'isoler pour pleurer est physiquement impossible à cause de l'urgence vitale. Ils doivent porter ce poids en temps réel. Moi, j'avais la chance de pouvoir m'éclipser deux minutes entre les rayonnages des sciences sociales et ceux de la littérature.

L'épreuve du secteur jeunesse
Il y a quelques semaines, nous avons dû réorganiser tout le secteur jeunesse. C'était bruyant, poussiéreux, avec des allées et venues constantes. Normalement, j'aurais fini en larmes dès le deuxième jour. Mais cette fois, j'ai appliqué ce que j'avais appris. J'ai accepté les picotements dans mes yeux comme un signal météo. "Tiens, la mer monte", me disais-je avec un sourire intérieur.
Au lieu de me pincer le bras ou de me flageller mentalement, je me suis autorisée à être cette personne qui ressent tout. J'ai commencé à utiliser des outils simples, un peu comme ceux proposés dans Gérer le stress comme un pro, pour calmer le jeu avant que la soupape n'explose. J'ai aussi pris le temps de suivre quelques modules de la Formation Éclosion pour travailler sur l'image que je projetais. Ce n'est pas parce que mes yeux brillent que je suis incapable de faire mon travail de bibliothécaire avec précision.
Aujourd'hui, je ne m'excuse plus. Si une larme coule parce qu'un usager a été particulièrement touchant ou parce que le bruit des travaux dans la rue devient insupportable, je l'essuie et je continue. Je reste cette femme de 31 ans qui vit à La Rochelle, qui aime son calme et qui a appris que sa sensibilité n'était pas un défaut de fabrication, mais une autre façon d'habiter le monde. Si vous sentez que votre peau est aussi un peu trop fine pour ce monde bruyant, sachez qu'il existe des chemins pour ne plus en souffrir au bureau. N'hésitez pas à consulter un professionnel si ce poids devient trop lourd à porter seule, mais commencez peut-être par vous regarder avec un peu plus de tendresse.
Le chemin vers l'acceptation est long, mais il commence souvent par une simple respiration, là, entre deux livres, en acceptant d'être exactement qui nous sommes. Si vous cherchez un point de départ concret, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil au programme Fais de ton hypersensibilité une force, qui a été pour moi le premier pas vers une vie professionnelle plus douce.
